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... (suite du chapitre 1)
Dans la chambre du pensionnat, Jade poussa un cri. Quelques grognements de mécontentement s’échappèrent des lits voisins. La petite fille recouvra ses esprits, elle tremblait encore un peu, comme à chaque fois qu’elle faisait ce rêve.
Elle se leva pour aller chercher un verre d’eau. Qu’il faisait chaud, cette nuit-là ! Dans le couloir, elle ouvrit une fenêtre et regarda au dehors.
Depuis quelques temps, Jade faisait le même rêve toutes les nuits. Tous les ans, à la même époque, dès que les vacances d’été approchaient, ce même cauchemar revenait la hanter. Pourquoi à ce moment-là, et avec une telle intensité ? Elle aurait bien aimé le savoir ! Dans sa vie, cette période correspondait à une sorte de trêve, puisqu’elle quittait le pensionnat pour aller chez sa tante passer les deux mois de vacances d’été. Mais en dehors de cette coïncidence, il n’y avait aucun lien avec son rêve…
La petite fille s’était calmée, elle retourna se coucher et replongea aussitôt dans un sommeil moins agité.
 
Le réveil indiquait 6h30. Jade, la tête un peu lourde, sortit de la chambre sans faire de bruit. Elle appréciait le calme du matin pour se préparer tranquillement, en prenant son temps. Les autres enfants se levaient un peu plus tard et alors c’était la ruée vers les douches et la panique dans les couloirs. La fillette revenait mettre de l’ordre dans sa chambre quand tout le monde était parti déjeuner, elle y préparait quelques affaires et descendait manger à son tour.
Lorsque Jade entra dans le réfectoire, le tumulte ambiant créé par des dizaines d’enfants parlant tous en même temps s’arrêta net. Tous les visages se tournèrent vers elle. La fillette n’y prêta pas attention, c’était toujours comme ça, elle ne le faisait pas exprès mais son passage ne laissait personne indifférent !
Elle s’assit à une petite table qu’elle occupait seule, à l’écart, et, tout en grignotant un morceau de pain, reprit la lecture d’un livre. Autour d’elle, les conversations se ranimèrent, d’abord doucement puis avec plus d’aisance. Un surveillant s’approcha des tables, car il était déjà tard et il fallait prendre le chemin de l’école. Jade se leva, glissa son livre dans son sac et suivit ses camarades.
En passant à proximité du grand parc municipal, la fillette ralentit l’allure et s’arrêta brusquement. Elle venait tout juste de remarquer que cette journée d’été offrait un spectacle ravissant : le parc était baigné de lumière, la nature se trouvait éblouie par le retour du soleil qui réfléchissait ses rayons sur les feuilles gorgées de la pluie des derniers jours. Cette profusion soudaine de lumière mettait en valeur l’abondance de verdure et de couleurs chatoyantes. Les papillons multicolores s’éparpillaient alentour. De l’autre côté de la rue, Jade observa de gros chats roux, blancs, gris qui somnolaient sur la pierre chaude des seuils des maisons, étalés de tout leur long ou pelotonnés en une boule confortable. 
La première sonnerie du collège retentit. Elle sortit de sa contemplation ; quelques retardataires couraient vers les grilles, elle leur emboîta le pas. En entrant dans la cour, la petite fille ne put s’empêcher de ressentir une certaine appréhension. En même temps, il ne lui restait plus que trois jours à passer ici.
Pendant les cours de la matinée, assise au fond de la classe, près de la fenêtre, Jade ne prêta qu’une oreille à la leçon : elle était distraite par la beauté du paysage. En cours d’histoire, songeuse, elle oublia d’écouter, sortit de son sac un petit carnet, bien distinct des autres cahiers et classeurs, prit des feutres et se mit à coucher ses rêveries sur le papier. A la fin de l’heure, elle était très contente de son dessin et le tenait devant elle pour le contempler. 
Sur le papier, il y avait un dragon. Ce n’était pas un méchant dragon, non ! Au contraire, c’était un de ces gentils dragons, au regard bon et doux, qui lui souriait. Comme elle était fière d’elle !
Pendant que les élèves sortaient de la classe, une petite fille blonde se planta derrière Jade en train d’admirer son œuvre. Celle-ci sentit la présence indiscrète derrière son dos et, troublée, rougit et se hâta de cacher son dessin. Mais la petite fille blonde fut plus rapide : elle tira sur la feuille dont un petit morceau resta entre les doigts de Jade et s’enfuit avec son larcin, laissant éclater son rire dans le couloir.
« Rends-moi ça ! » lui cria Jade, tellement choquée et surprise qu’elle resta collée à sa chaise au lieu de courir après son agresseur. Reprenant rapidement ses esprits, elle ramassa en hâte ses affaires et sortit de la salle de classe. Le couloir du premier étage était désert, mais Jade entendit nettement des rires et des éclats de voix monter de la cour.
Intimidée, mais décidée à récupérer son dessin, elle se dirigea vers le groupe de filles parmi lesquelles se trouvait la petite fille blonde. Jade s’approcha, tapa sur son épaule. Les rires s’arrêtèrent et on la dévisagea.
« Qu’est-ce que tu veux ? lui dit-on méchamment.
— Je voudrais récupérer mon dessin ! » répondit timidement Jade, les yeux tournés vers le sol, le visage cramoisi.
La fille blonde se retourna vers le groupe, ignorant la fillette.
Elles avaient repris leurs moqueries et Jade entendit forcément ce qu’elles dirent ensuite.
« Regardez, la méchante bègue a fait un dessin !
— Un dragon ! Ouh, comme il fait peur !
— Regardez tous, ce que la méchante bègue a fait ! Tremblez ! »
Jade leva la tête et rougit violemment en entendant ces paroles, elle ne se rappelait déjà plus ce surnom ridicule dont on l’avait affublée en début d’année ! 
La petite fille ne bougeait plus, elle gardait le visage fermé, les poings serrés.
Le groupe de moqueuses, bientôt rejoint par un attroupement de curieux, l’entourait maintenant en chantant :
« Qui a peur du dragon de la méchante bègue ? »
Jade avait la tête qui tournait, ses oreilles sifflaient, bourdonnaient ; elle se tenait raide, la tête penchée vers le sol, les yeux clos.
La sonnerie annonçant le début du cours suivant mit fin à la séance de torture.
Jade était restée seule au milieu de la cour qui se vidait peu à peu.
Lorsqu’elle se décida à rouvrir les yeux, elle vit des petits bouts de papier dispersés un peu partout. Son dessin avait été déchiré et les morceaux éparpillés jonchaient désormais inutilement le sol de la cour humide, les belles couleurs s’étalant dans les flaques.
 
A 16 heures, après les cours, Jade se rendit directement dans sa chambre. D’habitude, comme tous les autres enfants, elle profitait d’une ou deux heures pour faire ce qui lui plaisait : en été, elle flânait dans le jardin du pensionnat, traînait dans l’herbe, lisait, assise sur un banc, à l’ombre du grand chêne… Elle pouvait aussi jouer dans la grande salle commune de l’établissement, ou regarder la télévision, ou participer aux activités proposées aux enfants.
Mais aujourd’hui, elle ressentait le besoin d’être vraiment seule. 
Elle ferma la porte, s’étendit sur son lit et, pour se détendre, continua la lecture de son roman. Comme toujours, elle avait choisi à la bibliothèque un livre qui racontait l’histoire d’une princesse qui partait terrasser des monstres fabuleux, dans des contrées aussi lointaines que magiques et merveilleuses. Ce genre d’aventures la fascinait, elle rêvait, s’évadait, s’imaginait à la place de la belle princesse ; c’était elle qui découvrait les trésors, rendait la liberté aux peuples opprimés, luttait contre le mal sous toutes ses formes.
Elle venait de terminer un chapitre lorsque la porte s’ouvrit doucement. Jade leva les yeux, elle se croyait seule ici. Mais ce n’était pas à proprement parler quelqu’un qui avait poussé la porte : c’était un chat, tout roux, celui de la directrice qui vadrouillait librement dans l’établissement.
Jade interrompit sa lecture et l’appela :
« Minou, viens par ici ! »
C’était exactement ce qu’il s’apprêtait à faire ! Il sauta sur le lit de la petite fille, commença à se frotter contre elle et s’allongea près de ses jambes en ronronnant. 
Jade se mit à lui parler, comme à un confident. Elle avait l’habitude de ces visites, le chat semblait l’apprécier tout autant qu’elle aimait ce compagnon solitaire et indépendant. De manière générale, elle adorait le contact avec les animaux, mais les chats avaient quelque chose en plus : elle appréciait leur douceur, leur calme ainsi que l’infinie sagesse qui s’échappait de leur regard. Le nez fourré dans la chaude fourrure, Jade raconta ses malheurs au petit animal qui arborait, en la regardant fixement, un air mystérieux. 
« Tu sais, lui dit-elle, je me demande pourquoi je ne suis pas comme les autres… Parfois, j’ai l’impression que je fais peur à tout le monde, comme si j’étais un gros lion mangeur d’hommes… Comme toi, petit fauve ! »
Après une pause, elle continua, ses yeux verts dans les prunelles orangées du chat.
« Ça va te paraître complètement absurde !… Parfois, je me dis que je viens d’une autre planète ! Je ne me sens proche de personne ici, même pas des filles de mon âge… C’est vrai que moi, je n’ai plus mes parents, mais est-ce une raison suffisante pour qu’on ne m’aime pas ? » 
Elle s’arrêta un instant et soupira.
« Même tante Lissy ne me dit pas comment ils sont morts !… J’aimerais le savoir, mais la dernière fois que je le lui ai demandé, elle est entrée dans une colère noire !… Comme si c’était ma faute !… »
Elle plongea à nouveau ses yeux dans le regard calme et imperturbable du chat.
« Et toi, dis-moi, est-ce que tu trouves que je suis normale ? »
Evidemment, le petit chat ne répondit pas. Il sauta du lit, car le bruit familier de la porte du jardin qui s’ouvrait venait de se faire entendre. L’appel de l’herbe folle fut le plus fort, le chat se précipita en direction de cette issue vers l’air libre.
« A plus tard, petit chat ! » pensa Jade. 
Puis elle reprit sa lecture.
 
Le lendemain, Jade mit un temps fou à se hisser hors du lit. Comme les nuits précédentes, elle avait encore fait ce cauchemar qui l’avait brusquement réveillée au beau milieu de la nuit. Elle ne se sentait pas très bien ce matin-là. En fait, d’autres pensées s’étaient greffées sur son cauchemar, des images qui avaient un rapport étroit avec les moqueries dont elle avait été victime la veille.
Elle descendit au réfectoire assez tard, seuls une dizaine d’enfants s’attardaient encore à table. Elle avala rapidement une tartine avec un bol de lait et se rendit sans attendre au collège.
« Plus que deux jours ! » se dit-elle en franchissant la grille.
Elle évita soigneusement de croiser le regard de la petite fille blonde et resta très disciplinée durant tous les cours, prenant en note les leçons des professeurs. 
Pourtant, le dernier cours de la matinée fit ressurgir le malaise de la veille. C’était le cours de Français, celui qui lui avait valu le surnom de « bègue » : en début d’année, le professeur avait fait un tour de table afin de connaître le niveau de chacun. Lorsque le tour de Jade était arrivé, elle s’était levée un peu trop vite, faisant tomber sa chaise, avait maladroitement rougi et bafouillé quelque chose d’inintelligible. Les autres élèves s’étaient alors moqués d’elle, le professeur avait aussitôt fait rétablir le silence, mais, déjà, le mal était fait. 
Quelques jours après cet incident, le bruit ahurissant avait couru que Jade élevait des dragons dans sa chambre ! Un élève était tombé sur son carnet de dessins, dans lequel il y avait bon nombre de ces gentils dragons, il n’en fallut pas plus pour que les esprits de ces enfants ne se mettent à divaguer : on la railla en la traitant, dans une association étrange de mots, de « sorcière » et de « méchante bègue ». Le sobriquet l’avait poursuivie pendant quelques jours, quelques semaines, mais devant la relative indifférence de la fillette, on avait fini par se lasser et par passer à autre chose. 
 
A la fin de cette journée, Jade se sentait presque détendue, soulagée que cette première année au collège prenne bientôt fin. Elle devrait bien y retourner l’année suivante, mais elle gardait l’espoir très vague que quelque chose allait enfin changer !
Elle devait encore préparer sa valise, puis la déposer à la consigne de la gare, car son départ chez tante Lissy aurait lieu dès le lendemain, après les cours.
Cet après-midi-là, le petit chat roux semblait attendre le retour de Jade : il s’était roulé en boule sur son oreiller et leva la tête en ronronnant à son approche. La fillette joua avec lui pendant quelques instants, il s’allongea de tout son long en travers du lit. 
Se rappelant qu’elle devait encore boucler ses bagages, elle finit par dire :
« Maintenant, tu dois me laisser, j’ai des choses à faire ! »
Mais l’animal s’entêta, et la petite fille réussit tout juste à faire assez de place sur son lit pour poser sa valise entre le chat et le vide. Pour rien au monde elle n’aurait voulu brusquer son petit confident !
 
Le soir, en se couchant, Jade souhaita ne rêver de rien. Pourtant, son cauchemar ne lui laissa aucun répit, il revint avec encore plus d’intensité. Le carillon intempestif de la clochette lui agressait les oreilles ; autour d’elle, il lui semblait que des gens étaient penchés sur son visage et l’appelaient.
« Jade ! Jade ! »
Elle se releva brusquement, le visage trempé de sueur.
« Heureusement que c’est la dernière nuit que tu passes avec nous !
— Ouais, y’en a marre de tes cauchemars !
— On t’empêche pas de rêver, mais évite de nous casser les oreilles ! »
Jade cligna des yeux. Le réveil indiquait 6h30. Les trois filles qui partageaient la chambre l’avaient réveillée, car, tout en dormant, elle avait poussé des gémissements qui ressemblaient à des plaintes de douleur et elles s’étaient inquiétées.
« Je suis vraiment désolée, leur dit-elle.
— C’est bon, va ! Tu ne le fais pas exprès ! »
 
Avant de se rendre au collège, ce matin-là, Jade tenait plus que tout à dire au revoir au petit chat roux. Comme il allait lui manquer pendant ces deux mois ! Il était déjà dans le jardin, Jade l’appela, il vint aussitôt se frotter à ses jambes.
« Salut, petit prince ! Tu seras sage, pas vrai ?! »
Elle le câlina longtemps, puis se leva à regrets. Avant de refermer la porte du jardin, elle lui jeta un dernier regard, comme si elle n’allait plus jamais le revoir. Puis elle s’en alla.
 
En classe, la fillette regarda par la fenêtre grande ouverte toute la matinée. Il faisait très beau, elle s’était mise à écouter les douces mélodies extérieures : les oiseaux chantaient et les branches des arbres, sous l’effet d’une brise très légère, agitaient en musique leurs feuilles généreuses. 
Il lui tardait que cette dernière matinée, ici, dans cette ville, arrive à son terme.
Pourtant, vivre ici ou aller chez tante Lissy, c’était pour Jade passer de Charybde en Scylla, car si elle était chahutée méchamment à l’école, chez sa tante, au pire on la détestait avec condescendance, au mieux on ignorait son existence. La vieille femme avait toujours refusé de prendre à sa charge cette enfant. Elle s’était empressée, moyennant une rémunération confortable, de la confier à un centre spécialisé, débordant d’enfants à problèmes, dans lequel Jade essayait de grandir. La fillette s’y rattachait à ce qu’elle pouvait, comme une jeune pousse fragile qui n’a besoin que d’un peu de soleil et de bonne terre pour se mettre à grandir vraiment.
 
Une sonnerie stridente retentit, Jade interrompit le cours de ses pensées. Les autres élèves avaient déjà quitté la classe avec précipitation. Ils parlaient tous en même temps et leur chahut se déplaçait en un bloc, comme un essaim de guêpes attiré collégialement vers le même objectif : la sortie ! Tous étaient très agités, ils avaient devant eux de longues semaines de vacances et il n’était pas question d’en perdre une seule seconde. 
Jade ne s’était pas encore levée. Son professeur lui avait souhaité de bonnes vacances, mais, connaissant les habitudes de la fillette, il l’avait laissée seule dans la classe vide. Pendant que les autres se ruaient dehors, elle avait soigneusement rangé ses affaires : elle prenait son temps.
Elle sortit de la classe en poussant un profond soupir, comme si on venait de la libérer d’un grand poids.
La cour du collège était déserte maintenant. Elle regarda l’heure indiquée sur la pendule et se dit qu’elle avait tout juste le temps de se rendre à la gare. Elle récupéra sa valise avant de monter dans le train.
Quand elle entra dans le compartiment, les autres voyageurs regardèrent la petite fille comme tous ceux qui la rencontraient pour la première fois. Car Jade, quoi qu’on en dise, dégageait une impression étrange, elle fascinait même !
C’était pourtant vrai qu’elle était jolie, avec ses cheveux sombres et ses grands yeux verts ! Son visage fin était clairsemé de tâches de rousseur. Mais on était vite surpris lorsqu’on examinait son regard qui, caché derrière une mèche de cheveux, avait quelque chose de sauvage : à la fois timide et farouche, Jade déroutait. Ses lèvres, souvent pincées, se mordillaient nerveusement dès que quelqu’un l’approchait ou même la regardait trop intensément.
Durant le voyage, la fillette ne parla à personne. Elle regarda simplement le paysage par la fenêtre : les murs gris de la ville firent place à des plaines cultivées, puis une longue vallée s’étira entre deux flancs de montagnes couverts de sapins, défilant le long d’une rivière. Alors que d’autres voyageurs liaient connaissance pour quelques heures, elle se terrait dans son silence, habituée à ne s’exprimer que par nécessité. Elle gardait pour elle ses émotions, ses craintes et ses joies, les enfermant comme un secret qu’elle attendait de pouvoir partager un jour. Songeuse, elle posa son front contre la vitre et, bercée par le roulement régulier du train, elle finit par s’endormir.
 
Quelques heures plus tard, un paysage complètement nouveau s’offrait à Jade. Le voyage était terminé. En se réveillant, la fillette avait le cœur léger. Changer d’air lui faisait déjà du bien. Car même si sa vieille tante n’était pas attentionnée, du moins la laissait-elle seule, libre de contempler à loisir les paysages, de s’allonger dans l’herbe pour rêver ou lire les aventures de ses héros préférés.
Jade se dirigea vers le village. Au loin, elle apercevait la grande maison blanche de tante Lissy, sur la colline, et juste en face les châteaux qui, dans ce ciel de fin de journée, avaient l’air d’animaux fabuleux aux ailes déployées, le front orné de cornes magiques !
L’air était tiède, Jade se sentait bien.
En empruntant la rue principale du village, elle se mit à sourire. Les terrasses de restaurants étaient bondées et laissaient s’échapper des rires dans toutes les langues. Les commerçants fermaient peu à peu leurs boutiques, certains se retournèrent brusquement sur la fillette, la dévisageant, comme s’ils avaient senti une présence à la fois forte et troublante dans leur dos. Mais ils étaient aussitôt rassurés : ce n’était qu’une petite fille !
Après la rue principale, il fallait s’engager sur un chemin en pente, la maison de tante Lissy était tout en haut.
Jade était arrivée. Depuis la barrière, elle aperçut sa tante qui, visiblement, l’attendait.

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