Dans la chambre du pensionnat, Jade poussa un cri. Quelques grognements
de mécontentement s’échappèrent des lits voisins. La petite fille
recouvra ses esprits, elle tremblait encore un peu, comme à chaque fois
qu’elle faisait ce rêve.
-
Elle se leva pour aller chercher un verre d’eau. Qu’il faisait
chaud, cette nuit-là ! Dans le couloir, elle ouvrit une fenêtre et
regarda au dehors.
-
Depuis quelques temps, Jade faisait le même rêve toutes les nuits.
Tous les ans, à la même époque, dès que les vacances d’été
approchaient, ce même cauchemar revenait la hanter. Pourquoi à ce
moment-là, et avec une telle intensité ? Elle aurait bien aimé le
savoir ! Dans sa vie, cette période correspondait à une sorte de trêve,
puisqu’elle quittait le pensionnat pour aller chez sa tante passer les
deux mois de vacances d’été. Mais en dehors de cette coïncidence, il
n’y avait aucun lien avec son rêve…
-
La petite fille s’était calmée, elle retourna se coucher et
replongea aussitôt dans un sommeil moins agité.
-
-
Le réveil indiquait 6h30. Jade, la tête un peu lourde, sortit de la
chambre sans faire de bruit. Elle appréciait le calme du matin pour se préparer
tranquillement, en prenant son temps. Les autres enfants se levaient un
peu plus tard et alors c’était la ruée vers les douches et la panique
dans les couloirs. La fillette revenait mettre de l’ordre dans sa
chambre quand tout le monde était parti déjeuner, elle y préparait
quelques affaires et descendait manger à son tour.
-
Lorsque Jade entra dans le réfectoire, le tumulte ambiant créé par
des dizaines d’enfants parlant tous en même temps s’arrêta net. Tous
les visages se tournèrent vers elle. La fillette n’y prêta pas
attention, c’était toujours comme ça, elle ne le faisait pas exprès
mais son passage ne laissait personne indifférent !
-
Elle s’assit à une petite table qu’elle occupait seule, à l’écart,
et, tout en grignotant un morceau de pain, reprit la lecture d’un livre.
Autour d’elle, les conversations se ranimèrent, d’abord doucement
puis avec plus d’aisance. Un surveillant s’approcha des tables, car il
était déjà tard et il fallait prendre le chemin de l’école. Jade se
leva, glissa son livre dans son sac et suivit ses camarades.
-
En passant à proximité du grand parc municipal, la fillette ralentit
l’allure et s’arrêta brusquement. Elle venait tout juste de remarquer
que cette journée d’été offrait un spectacle ravissant : le parc
était baigné de lumière, la nature se trouvait éblouie par le retour
du soleil qui réfléchissait ses rayons sur les feuilles gorgées de la
pluie des derniers jours. Cette profusion soudaine de lumière mettait en
valeur l’abondance de verdure et de couleurs chatoyantes. Les papillons
multicolores s’éparpillaient alentour. De l’autre côté de la rue,
Jade observa de gros chats roux, blancs, gris qui somnolaient sur la
pierre chaude des seuils des maisons, étalés de tout leur long ou
pelotonnés en une boule confortable.
-
La première sonnerie du collège retentit. Elle sortit de sa
contemplation ; quelques retardataires couraient vers les grilles,
elle leur emboîta le pas. En entrant dans la cour, la petite fille ne put
s’empêcher de ressentir une certaine appréhension. En même temps, il
ne lui restait plus que trois jours à passer ici.
-
Pendant les cours de la matinée, assise au fond de la classe, près de
la fenêtre, Jade ne prêta qu’une oreille à la leçon : elle était
distraite par la beauté du paysage. En cours d’histoire, songeuse, elle
oublia d’écouter, sortit de son sac un petit carnet, bien distinct des
autres cahiers et classeurs, prit des feutres et se mit à coucher ses rêveries
sur le papier. A la fin de l’heure, elle était très contente de son
dessin et le tenait devant elle pour le contempler.
-
Sur le papier, il y avait un dragon. Ce n’était pas un méchant
dragon, non ! Au contraire, c’était un de ces gentils dragons, au
regard bon et doux, qui lui souriait. Comme elle était fière d’elle !
-
Pendant que les élèves sortaient de la classe, une petite fille blonde
se planta derrière Jade en train d’admirer son œuvre. Celle-ci sentit
la présence indiscrète derrière son dos et, troublée, rougit et se hâta
de cacher son dessin. Mais la petite fille blonde fut plus rapide :
elle tira sur la feuille dont un petit morceau resta entre les doigts de
Jade et s’enfuit avec son larcin, laissant éclater son rire dans le
couloir.
-
« Rends-moi ça ! » lui cria Jade, tellement choquée
et surprise qu’elle resta collée à sa chaise au lieu de courir après
son agresseur. Reprenant rapidement ses esprits, elle ramassa en hâte ses
affaires et sortit de la salle de classe. Le couloir du premier étage était
désert, mais Jade entendit nettement des rires et des éclats de voix
monter de la cour.
-
Intimidée,
mais décidée à récupérer son dessin, elle se dirigea vers le groupe
de filles parmi lesquelles se trouvait la petite fille blonde. Jade
s’approcha, tapa sur son épaule. Les rires s’arrêtèrent et on la dévisagea.
-
« Qu’est-ce que tu veux ? lui dit-on méchamment.
-
— Je voudrais récupérer mon dessin ! » répondit
timidement Jade, les yeux tournés vers le sol, le visage cramoisi.
-
La fille blonde se retourna vers le groupe, ignorant la fillette.
-
Elles avaient repris leurs moqueries et Jade entendit forcément ce
qu’elles dirent ensuite.
-
« Regardez, la méchante bègue a fait un dessin !
-
— Un dragon ! Ouh, comme il fait peur !
-
— Regardez tous, ce que la méchante bègue a fait ! Tremblez ! »
-
Jade leva la tête et rougit violemment en entendant ces paroles, elle
ne se rappelait déjà plus ce surnom ridicule dont on l’avait affublée
en début d’année !
-
La petite fille ne bougeait plus, elle gardait le visage fermé, les
poings serrés.
-
Le groupe de moqueuses, bientôt rejoint par un attroupement de curieux,
l’entourait maintenant en chantant :
-
« Qui a peur du dragon de la méchante bègue ? »
-
Jade avait la tête qui tournait, ses oreilles
sifflaient, bourdonnaient ; elle se tenait raide, la tête penchée vers le sol, les yeux
clos.
-
La sonnerie annonçant le début du cours suivant mit fin à la séance
de torture.
-
Jade était restée seule au milieu de la cour qui se vidait peu à peu.
-
Lorsqu’elle se décida à rouvrir les yeux, elle vit des petits bouts
de papier dispersés un peu partout. Son dessin avait été déchiré et
les morceaux éparpillés jonchaient désormais inutilement le sol de la
cour humide, les belles couleurs s’étalant dans les flaques.
-
-
A 16 heures, après les cours, Jade se rendit
directement dans sa chambre. D’habitude, comme tous les autres enfants, elle profitait d’une ou
deux heures pour faire ce qui lui plaisait : en été, elle flânait
dans le jardin du pensionnat, traînait dans l’herbe, lisait, assise sur
un banc, à l’ombre du grand chêne… Elle pouvait aussi jouer dans la
grande salle commune de l’établissement, ou regarder la télévision,
ou participer aux activités proposées aux enfants.
-
Mais aujourd’hui, elle ressentait le besoin d’être vraiment seule.
-
Elle ferma la porte, s’étendit sur son lit et, pour se détendre,
continua la lecture de son roman. Comme toujours, elle avait choisi à la
bibliothèque un livre qui racontait l’histoire d’une princesse qui
partait terrasser des monstres fabuleux, dans des contrées aussi
lointaines que magiques et merveilleuses. Ce genre d’aventures la
fascinait, elle rêvait, s’évadait, s’imaginait à la place de la
belle princesse ; c’était elle qui découvrait les trésors,
rendait la liberté aux peuples opprimés, luttait contre le mal sous
toutes ses formes.
-
Elle venait de terminer un chapitre lorsque la porte s’ouvrit
doucement. Jade leva les yeux, elle se croyait seule ici. Mais ce n’était
pas à proprement parler quelqu’un qui avait poussé la porte :
c’était un chat, tout roux, celui de la directrice qui vadrouillait
librement dans l’établissement.
- Jade interrompit sa lecture et l’appela :
-
« Minou, viens par ici ! »
-
C’était exactement ce qu’il s’apprêtait à faire ! Il sauta
sur le lit de la petite fille, commença à se frotter contre elle et
s’allongea près de ses jambes en ronronnant.
-
Jade se mit à lui parler, comme à un confident. Elle avait
l’habitude de ces visites, le chat semblait l’apprécier tout autant
qu’elle aimait ce compagnon solitaire et indépendant. De manière générale,
elle adorait le contact avec les animaux, mais les chats avaient quelque
chose en plus : elle appréciait leur douceur, leur calme ainsi que
l’infinie sagesse qui s’échappait de leur regard. Le nez fourré dans
la chaude fourrure, Jade raconta ses malheurs au petit animal qui
arborait, en la regardant fixement, un air mystérieux.
-
« Tu sais, lui dit-elle, je me demande pourquoi je ne suis pas
comme les autres… Parfois, j’ai l’impression que je fais peur à
tout le monde, comme si j’étais un gros lion mangeur d’hommes…
Comme toi, petit fauve ! »
-
Après une pause, elle continua, ses yeux verts dans les prunelles orangées
du chat.
-
« Ça va te paraître complètement absurde !… Parfois, je
me dis que je viens d’une autre planète ! Je ne me sens proche de
personne ici, même pas des filles de mon âge… C’est vrai que moi, je
n’ai plus mes parents, mais est-ce une raison suffisante pour qu’on ne
m’aime pas ? »
-
Elle s’arrêta un instant et soupira.
-
« Même tante Lissy ne me dit pas comment ils sont morts !…
J’aimerais le savoir, mais la dernière fois que je le lui ai demandé,
elle est entrée dans une colère noire !… Comme si c’était ma
faute !… »
-
Elle plongea à nouveau ses yeux dans le regard calme et imperturbable
du chat.
-
« Et toi, dis-moi, est-ce que tu trouves que je suis normale ? »
-
Evidemment, le petit chat ne répondit pas. Il sauta du lit, car le
bruit familier de la porte du jardin qui s’ouvrait venait de se faire
entendre. L’appel de l’herbe folle fut le plus fort, le chat se précipita
en direction de cette issue vers l’air libre.
-
« A plus tard, petit chat ! » pensa Jade.
-
Puis elle reprit sa lecture.
-
-
Le lendemain, Jade mit un temps fou à se hisser hors du lit. Comme les
nuits précédentes, elle avait encore fait ce cauchemar qui l’avait
brusquement réveillée au beau milieu de la nuit. Elle ne se sentait pas
très bien ce matin-là. En fait, d’autres pensées s’étaient greffées
sur son cauchemar, des images qui avaient un rapport étroit avec les
moqueries dont elle avait été victime la veille.
-
Elle descendit au réfectoire assez tard, seuls une dizaine d’enfants
s’attardaient encore à table. Elle avala rapidement une tartine avec un
bol de lait et se rendit sans attendre au collège.
-
« Plus que deux jours ! » se dit-elle en franchissant
la grille.
-
Elle évita soigneusement de croiser le regard de la petite fille blonde
et resta très disciplinée durant tous les cours, prenant en note les leçons
des professeurs.
-
Pourtant, le dernier cours de la matinée fit ressurgir le malaise de la
veille. C’était le cours de Français, celui qui lui avait valu le
surnom de « bègue » : en début d’année, le
professeur avait fait un tour de table afin de connaître le niveau de
chacun. Lorsque le tour de Jade était arrivé, elle s’était levée un
peu trop vite, faisant tomber sa chaise, avait maladroitement rougi et
bafouillé quelque chose d’inintelligible. Les autres élèves s’étaient
alors moqués d’elle, le professeur avait aussitôt fait rétablir le
silence, mais, déjà, le mal était fait.
-
Quelques jours après cet incident, le bruit ahurissant avait couru que
Jade élevait des dragons dans sa chambre ! Un élève était tombé
sur son carnet de dessins, dans lequel il y avait bon nombre de ces
gentils dragons, il n’en fallut pas plus pour que les esprits de ces
enfants ne se mettent à divaguer : on la railla en la traitant, dans
une association étrange de mots, de « sorcière » et de
« méchante bègue ». Le sobriquet l’avait poursuivie
pendant quelques jours, quelques semaines, mais devant la relative indifférence
de la fillette, on avait fini par se lasser et par passer à autre chose.
-
-
A la fin de cette journée, Jade se sentait presque détendue, soulagée
que cette première année au collège prenne bientôt fin. Elle devrait
bien y retourner l’année suivante, mais elle gardait l’espoir très
vague que quelque chose allait enfin changer !
-
Elle devait encore préparer sa valise, puis la déposer à la consigne
de la gare, car son départ chez tante Lissy aurait lieu dès le
lendemain, après les cours.
-
Cet après-midi-là, le petit chat roux semblait attendre le retour de
Jade : il s’était roulé en boule sur son oreiller et leva la tête
en ronronnant à son approche. La fillette joua avec lui pendant quelques
instants, il s’allongea de tout son long en travers du lit.
-
Se rappelant qu’elle devait encore boucler ses bagages, elle finit par
dire :
-
« Maintenant, tu dois me laisser, j’ai des choses à faire ! »
-
Mais l’animal s’entêta, et la petite fille réussit tout juste à
faire assez de place sur son lit pour poser sa valise entre le chat et le
vide. Pour rien au monde elle n’aurait voulu brusquer son petit
confident !
-
-
Le soir, en se couchant, Jade souhaita ne rêver de rien. Pourtant, son
cauchemar ne lui laissa aucun répit, il revint avec encore plus
d’intensité. Le carillon intempestif de la clochette lui agressait les
oreilles ; autour d’elle, il lui semblait que des gens étaient
penchés sur son visage et l’appelaient.
-
« Jade ! Jade ! »
-
Elle se releva brusquement, le visage trempé de sueur.
-
« Heureusement que c’est la dernière nuit que tu passes avec
nous !
-
— Ouais, y’en a marre de tes cauchemars !
- — On
t’empêche pas de rêver, mais évite de nous casser les oreilles ! »
-
Jade cligna des yeux. Le réveil indiquait 6h30. Les trois filles qui
partageaient la chambre l’avaient réveillée, car, tout en dormant,
elle avait poussé des gémissements qui ressemblaient à des plaintes de
douleur et elles s’étaient inquiétées.
-
« Je suis vraiment désolée, leur dit-elle.
-
— C’est bon, va ! Tu ne le fais pas exprès ! »
-
-
Avant de se rendre au collège, ce matin-là, Jade tenait plus que tout
à dire au revoir au petit chat roux. Comme il allait lui manquer pendant
ces deux mois ! Il était déjà dans le jardin, Jade l’appela, il
vint aussitôt se frotter à ses jambes.
-
« Salut, petit prince ! Tu seras sage, pas vrai ?! »
-
Elle le câlina longtemps, puis se leva à regrets. Avant de refermer la
porte du jardin, elle lui jeta un dernier regard, comme si elle n’allait
plus jamais le revoir. Puis elle s’en alla.
-
-
En classe, la fillette regarda par la fenêtre grande ouverte toute la
matinée. Il faisait très beau, elle s’était mise à écouter les
douces mélodies extérieures : les oiseaux chantaient et les
branches des arbres, sous l’effet d’une brise très légère,
agitaient en musique leurs feuilles généreuses.
-
Il
lui tardait que cette dernière matinée, ici, dans cette ville, arrive à
son terme.
-
Pourtant,
vivre ici ou aller chez tante Lissy, c’était pour Jade passer de
Charybde en Scylla, car si elle était chahutée méchamment à l’école,
chez sa tante, au pire on la détestait avec condescendance, au mieux on
ignorait son existence. La vieille femme avait toujours refusé de prendre
à sa charge cette enfant. Elle s’était empressée, moyennant une rémunération
confortable, de la confier à un centre spécialisé, débordant
d’enfants à problèmes, dans lequel Jade essayait de grandir. La
fillette s’y rattachait à ce qu’elle pouvait, comme une jeune pousse
fragile qui n’a besoin que d’un peu de soleil et de bonne terre pour
se mettre à grandir vraiment.
-
-
Une sonnerie stridente retentit, Jade interrompit le cours de ses pensées.
Les autres élèves avaient déjà quitté la classe avec précipitation.
Ils parlaient tous en même temps et leur chahut se déplaçait en un
bloc, comme un essaim de guêpes attiré collégialement vers le même
objectif : la sortie ! Tous étaient très agités, ils avaient
devant eux de longues semaines de vacances et il n’était pas question
d’en perdre une seule seconde.
-
Jade
ne s’était pas encore levée. Son professeur lui avait souhaité de
bonnes vacances, mais, connaissant les habitudes de la fillette, il
l’avait laissée seule dans la classe vide. Pendant que les autres se
ruaient dehors, elle avait soigneusement rangé ses affaires : elle
prenait son temps.
-
Elle
sortit de la classe en poussant un profond soupir, comme si on venait de
la libérer d’un grand poids.
-
La
cour du collège était déserte maintenant. Elle regarda l’heure indiquée
sur la pendule et se dit qu’elle avait tout juste le temps de se rendre
à la gare. Elle récupéra sa valise avant de monter dans le train.
-
Quand
elle entra dans le compartiment, les autres voyageurs regardèrent la
petite fille comme tous ceux qui la rencontraient pour la première fois.
Car Jade, quoi qu’on en dise, dégageait une impression étrange, elle
fascinait même !
-
C’était
pourtant vrai qu’elle était jolie, avec ses cheveux sombres et ses
grands yeux verts ! Son visage fin était clairsemé de tâches de
rousseur. Mais on était vite surpris lorsqu’on examinait son regard
qui, caché derrière une mèche de cheveux, avait quelque chose de
sauvage : à la fois timide et farouche, Jade déroutait. Ses lèvres,
souvent pincées, se mordillaient nerveusement dès que quelqu’un
l’approchait ou même la regardait trop intensément.
-
Durant
le voyage, la fillette ne parla à personne. Elle regarda simplement le
paysage par la fenêtre : les murs gris de la ville firent place à
des plaines cultivées, puis une longue vallée s’étira entre deux
flancs de montagnes couverts de sapins, défilant le long d’une rivière.
Alors que d’autres voyageurs liaient connaissance pour quelques heures,
elle se terrait dans son silence, habituée à ne s’exprimer que par nécessité.
Elle gardait pour elle ses émotions, ses craintes et ses joies, les
enfermant comme un secret qu’elle attendait de pouvoir partager un jour.
Songeuse, elle posa son front contre la vitre et, bercée par le roulement
régulier du train, elle finit par s’endormir.
-
-
Quelques
heures plus tard, un paysage complètement nouveau s’offrait à Jade. Le
voyage était terminé. En se réveillant, la fillette avait le cœur léger.
Changer d’air lui faisait déjà du bien. Car même si sa vieille tante
n’était pas attentionnée, du moins la laissait-elle seule, libre de
contempler à loisir les paysages, de s’allonger dans l’herbe pour rêver
ou lire les aventures de ses héros préférés.
-
Jade
se dirigea vers le village. Au loin, elle apercevait la grande maison
blanche de tante Lissy, sur la colline, et juste en face les châteaux
qui, dans ce ciel de fin de journée, avaient l’air d’animaux fabuleux
aux ailes déployées, le front orné de cornes magiques !
-
L’air
était tiède, Jade se sentait bien.
-
En
empruntant la rue principale du village, elle se mit à sourire. Les
terrasses de restaurants étaient bondées et laissaient s’échapper des
rires dans toutes les langues. Les commerçants fermaient peu à peu leurs
boutiques, certains se retournèrent brusquement sur la fillette, la dévisageant,
comme s’ils avaient senti une présence à la fois forte et troublante
dans leur dos. Mais ils étaient aussitôt rassurés : ce n’était
qu’une petite fille !
-
Après
la rue principale, il fallait s’engager sur un chemin en pente, la
maison de tante Lissy était tout en haut.
-
Jade
était arrivée. Depuis la barrière, elle aperçut sa tante qui,
visiblement, l’attendait.
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le chapitre 2
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